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La vieille dame “indigne”

30 janvier, 2008

Depuis les USA, je regarde TF1 sur le net…et je vois un reportage dont le ton m’atterre. Et m’émeut. J’aimerais vous faire partager mon sentiment, et aussi la perspective d’une autre culture sur cette affaire…”Dieu Soit Louart”

Scandale dans un village de l’Indre. Une centenaire vient de mourir, laissant à la municipalité de son village 1.6 million d’euros. L’impertinente assortit son legs de conditions qualifiées de loufoques. Les caméras s’activent. Les langues se délient, la méchanceté avec. La vieille dame n’était pas connue pour être riche. C’est son premier délit. Elle aurait dû sans doute rouler en Porsche et entretenir des gigolos.

Léguer 1.6 million pour construire des logements sociaux, et oser poser quelques conditions, c’est franchement honteux dans notre pays. Non seulement le maire, “obligé d’accepter le leg sous conditions”, pauvre homme, ne voit pas d’un bon oeil la construction de logements pour des pauvres…mais il doit poser une plaque en reconnaissance à la mairie, prendre en pension deux tableaux aimés par la mamie millionaire , et baptiser une rue en son nom….C’est pas malheureux, çà, Maaame Michou ? 

Pour moi qui vis aux Etats Unis, chargée de récolter les fonds issus de la philanthropie privée, ces conditions me paraissent une reconnaissance normale acquise au donateur.  On peut dire, effectivement, qu’ils font peut être pêché de vanité, ces gens généreux, à vouloir laisser leur nom ou le service à thé en argent de la tante Lucy en pension pour l’éternité.

On peut aussi être reconnaissant que nos étudiants fauchés aient des bourses; que des cliniques financées par des vieux vaniteux pour accueillir des démunis sans papier voient le jour; que la recherche médicale avance grâce à des merci gravés sur les murs. On peut aussi, si toutefois on a dans le coeur au moins un dixième de cette générosité, se dire que ce don, c’est aussi un peu de soi qu’on veut léguer, un héritage qu’on veut laisser, un message pour encourager d’autres à vivre cette expérience du don de soi. Celle qui fait pleurer de bonheur certains vieux monsieurs qui, avant de partir pour leur ultime voyage, veulent parfois dire à tous combien ils se souviennent de leurs études difficiles, de leur enfant mort de leucémie ou de leur arrivée démunie dans ce nouveau pays. Dire toutes ces blessures enfin réparées grâce à la réussite matérielle d’une vie. Un geste si significatif qu’il implique souvent d’accepter de laisser bien moins d’argent à ses propres enfants.

On peut aussi se dire que si sans doute la vieille dame de l’Indre avait  besoin de reconnaissance, de gloire locale à titre posthume, ou d’un clin d’oeil impertinent à ceux qui la croyaient radine… en était par là même profondément humaine. Que peut être, ne laissant pas d’enfant, elle voulait laisser son nom dans un village d’ingrats. Qu’elle aimait tellement ses deux tableaux qu’elle voulait qu’on en prenne soin pour elle. 

Au final, quoiqu’on en pense, la mamie millionaire qui cachait bien son magot a fait du bien autour d’elle, elle n’a blessé personne et  voila qui mérite le respect, au minimum, et la tendresse, si on en est capable.

Au lieu de çà, je vois la voisine ricaner de son radinisme sur le prix des huitres; le maire tirer la tête d’un homme resigné à prendre un argent presque honteux; les clients du café insinuer une sécheresse de vie; le journaliste suggérer une tatie Danielle.

J’ai mal au coeur et j’ai mal à mon pays. Il est plus honorable dans notre culture de demander des subventions que d’accepter une générosité privée teintée d’humanité, avec les limites et les faiblesses qui lui sont propres, avec son geste qui demande, maladroitement, de l’amour.

En ce début de siècle, c’est socialement plus acceptable d’être un “people” pour rien qu’une star pour générosité. Un exemple à ne pas suivre.”