
A premiere vue le mot ne fait pas rever. Il porte en lui un relent de … et de “too much”. Ne vous y trompez pas. Il s’agit bien de cela. Chaque annee, debut mai, le jardin a l’americaine rivalise de bosquets, arbres et arbustes, plate bandes tous plus colores et fournis les uns que les autres. L’americain aime son jardin, et veut que ca se sente…
C’est ici que le Mulch entre en scene. Un beau matin vous vous reveillez au son d’un moteur superpuissant. Vous ouvrez la fenetre et la, en un instant, vos poumons prennent la mesure de la situation. Armes d’un canon relie a un camion benne aux inepuisables reserves, deux hommes masques (question de survie), l’un aux commandes de la pompe, l’autre dirigeant ses faveurs, envoient a volonte la manne brune et pestilentielle sur tout ce qui ne bouge pas, plates bandes et vegetaux.
Vous refermez la fenetre avec precipitation et courez vers la television dans l’espoir que les news relatent d’ores et déjà cette attaque terroriste d’un nouveau genre, faute de quoi il vous imputera d’appeler vous-même le 911.
C’est le weekend, et vous tombez fort a propos sur le magazine consacre au jardinage. Vous apprenez donc, incredule et resigne, l’existence parfaitement legale et totalement encouragee du disgracieux phenomene sensoriel ; le mulch, melange sans equivoque de fumier et de copeaux de bois, destine a transformer toute plate-bande depressive en merveille epanouie a l’abondante floraison. Plus vert que vert, c’est le slogan du mulch.
Si vous esperez que votre système respiratoire prenne des vacances des le lundi, vous vous trompez. Au bureau, aujourd’hui, vous allez regrette d’etre dans la verdure. Le mulch frappera toute la semaine sans pitie. Dans trois semaines, c’est la ceremonie de remise des diplomes a l’universite. Faut du vert, faut du beau. A vos remarques exasperees, vos collegues autochtones repondront sans sourciller, avec une pointe de fierte patriotique : it’s the mulch. Tout est dit.