Mon amie J., avec qui je passe le plus clair de mon temps, qui vit au quatrième étage dans le bâtiment en face le mien et souhaite maintenir son anonymat, m’a récemment avoué qu’elle avait reçu, par son abonnement de club vidéo, un film porno. Elle n’a aucune idée comment il est arrivé la, dans sa file d’attente (en anglais, « queue ») et encore moins dans sa boite aux lettres. Je lui ai fait joyeusement remarquer qu’utiliser comme mot de passe « fuckme2 » (baisemoiaussi), c’était, très franchement, un peu crier au loup et chercher les ennuis. Elle a répliqué en disant que ce n’est pas parce que sa vie sexuelle est disons…insuffisante, qu’elle ne peut pimenter çà et là son existence. Bon, je reconnais que le film, obscurément intitulé « La Grande Dérouille », pouvait faire penser à un film policier ou d’espionnage. Et ma copine, l’espionnage, elle connait…En rentrant chez elle l’autre jour, elle a trouvé dans son salon deux (2) agents du FBI en costume sombre et cravate et tout, en train d’interroger son mari, juste après que son beau-frère ait été arrêté pour avoir en…..é le Département d’Etat pendant 30 longues années…Cet événement traumatisant peut expliquer ce qui a poussé J., qui souhaite toujours rester anonyme, à commander le film perturbateur. Il s’agissait d’un effort louable pour chercher à comprendre la vie secrète de son B.F (B.F sera désormais utilisé pour désigner le beau-frère tristement célèbre, dans le but de protéger la susceptibilité de mon amie dans cette affaire).
Il est certain que le Dr Sigmund aurait beaucoup à dire sur la méprise inconsciente mais oh combien pratique du titre « La Grande Dérouille ». Mon esprit dérangé suggère néanmoins que ceux qui ont crée la langue française en savaient déjà long sur l’affreux sort des amants en matière de mensonges et trahisons…
Mais alors, vous demandez vous à juste titre, qu’a donc fait J. avec le DVD, une fois qu’elle la eu entre les mains ? Bien évidemment, intriguée par un film qu’elle ne se souvenait plus avoir commandé, J., 72 ans, a pu regarder premier film porno d’une existence sans vice. « Mais ils montrent les organes et tout le bazard ! » s’exclame t-elle en me relatant les faits. S’exclamer, dit le dictionnaire, c’est « exprimer avec surprise, horreur ou joie ». Les trois expressions y étaient, je vous l’assure. « Ben, J ., c’est tout le principe je crois. Les organes dans toute leur gloire, en couleur et avec en prime les fluides corporels”. Ces films sont censés être faits pour les hommes, et les hommes, dit on, sont “visuels”. J’adore les euphémismes.
J’admets moi-même bien volontiers ne pas être totalement indifférente au porno, ne dédaignant pas regarder à l’occasion. La définition de la dite occasion restera à préciser. Je pense que d’une certaine façon, cela démystifie le sexe, ce qui n’est pas toujours une mauvaise chose. Non mais c’est vrai, par exemple…vous avez vraiment le béguin pour un type…et là, toc, vous avez toutes les pensées parasites qu’une femme honnête a en pareilles circonstances…. Le vernis de mon petit ongle est il écaillé, la cellulite sur ma fesse gauche est elle vraiment visible ou bien, et cela est tout à fait surprenant car vous n’avez aucune intention de mettre vos ébats sur pellicule…mes organes génitaux sont ils photogéniques ? Alors que là, sur l’écran, certaines d’entre nous, ou plutôt, certaines d’entre elles, vous déballent tout, absolument tout, cellulite, orifices béants et assoiffés de sexe…et personne n’a l’air offensé le moins du monde. C’est ce que j’appelle mettre les choses en perspective.
Dernière minute : J., après lecture de ma chronique, souhaite porter à votre connaissance les rectifications suivantes :
- Je n’ai pas 72 ans mais 71 et 8 mois, espèce de blairote.
- Mon mot de passe n’est pas « baisemoiaussi » mais « vatferfoutre » ce qui change beaucoup de choses dans la perception de ma moralité, et je l’ai choisi uniquement parce que j’étais très en colère contre mon mari ce jour là, car aucune femme élévée dans le respect de la religion comme moi n’utiliserait ce mot, que l’ECRIRE fut un soulagement significatif et un grand pas dans mon existence, et que c’est à présent sans aucun nul doute l’un de mes mots préférés. Sa concision est inbattable et ne peut prêter à confusion. Merde alors .
